
Existe, ailleurs dans l’Océan Indien comme dans le monde, d’autres variantes de ce type de combat : le murengué à Mayotte, le nkodézaitsoma dans la Grande Comore, le danmyé à la Martinique, la capoeira au Brésil, etc. L’ensemble de ces pratiques que l’on retrouve tant en Amérique du Sud que dans les Antilles ou les Mascareignes, est en lien avec l’histoire de la traite et de l’esclavage. Car, d’une côte à l’autre de l’Afrique étaient pratiquées, de manières rituelles et ancestrales, des luttes opposant le plus souvent des hommes. Ainsi, et pour exemple, la capoeira telle qu’elle est aujourd’hui pratiquée en Amérique du sud, dériverait probablement d’une « danse du zèbre », le n’golo, originaire de l’Angola. À partir du 17e siècle, à partir des grands mouvements de traite atlantique et india-océane, les hommes et les femmes d’Afrique et de Madagascar déportés vers les lieux de l’esclavage ont transporté avec eux des rites, des savoir-faire et des pratiques. Parmi ces rites et ces pratiques figurait cet art guerrier qui, au fil des voyages et des échanges, s’est transformé, s’adaptant à chaque fois aux nouveaux lieux et aux nouveaux rythmes de vie. C’est donc ainsi qu’est probablement né le moring de La Réunion. Il n’est pas la copie d’un art martial et dansé qui se pratiquait sur les plateaux de l’Afrique ou de Madagascar, car il s’est transformé, modulé et adapté aux conditions de vie dans l’île. Chacun, qu’il soit originaire du Mozambique ou encore de l’Est ou du Nord malgache, a apporté sa touche, et a ainsi contribué à modifier sa propre pratique tout en l’enrichissant d’autres codes. Philippe Bourjon, étudiant de l’Université de La Réunion à la fin des années 1980, avait travaillé sur le sujet et avait émis l’hypothèse que certains ronds de moring s’étaient ouverts aux matelots de la marine française pratiquant la boxe française et la savate. Ce qui, selon lui, expliquerait la similitude de certains types de coups. Le moring est donc un produit de la créolisation : en fonction de ceux qui le pratiquaient, en fonction des lieux où il se pratiquait dans l’île (dans les quartiers d’esclaves, dans les kalbanon des engagés et des ouvriers d’usine, dans les camps de marrons, etc.), mais encore en fonction des instruments de musique qui étaient disponibles dans ces lieux (fèr blan, roulèr, bobre, etc.), il s’est continuellement transformé, ne se figeant pas. Les origines du moring sont donc diverses : principalement venu d’Afrique et de Madagascar, il s’est agrémenté de techniques européennes (savate et boxe française), jusqu’à s’enrichir aujourd’hui de nouveaux apports
No hay comentarios:
Publicar un comentario